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Comprendre le creusement des inégalités sociales et la crise de l’abordabilité.

En exergue

Selon la Banque Mondiale, près d’un milliard de personnes ont pu s’extraire de l’extrême pauvreté en 25 ans (Banque Mondiale, 2018).

Pourtant, la part du revenu mondial perçue par la moitié la plus pauvre de l’humanité est restée figée, malgré la croissance continue de la production mondiale. Cette répartition aggrave les inégalités de revenus : en janvier 2020, l’ONG Oxfam révélait que les 2 153 milliardaires du globe détiennent plus d'argent que 60 % de la population mondiale.

Ces inégalités économiques tendent à nuire au progrès économique, ce qui contribue à grever l’égalité sociale. Dès lors, une constellation d'inégalités — liées à la situation géographique, au handicap, à l’orientation sexuelle, au genre, à la classe sociale, à l’origine ethnique, au revenu — s'agrègent et déterminent souvent les avantages, les perspectives et la vie d’une personne.

Définitions et mesures

Les inégalités sociales sont des différences d’accès aux ressources (sociales, économiques, culturelles, politiques, etc.) généralement corrélées à un statut social particulier comme le niveau de revenu, l’ethnicité ou la géographie de résidence.

Le principal outil de mesure des inégalités est le coefficient de Gini. Cet indicateur statistique permet de mesurer la répartition des salaires, des revenus et du patrimoine à l’échelle d’un pays. Les résultats sont présentés sous la forme d’un nombre qui varie entre 0 et 1, où 0 signifie l’égalité parfaite et 1, qui ne peut être atteint, une inégalité parfaite. Par exemple, l’indice était de 0,29 en France en 2015 et de 0,47 en Chine pour l’année 2010.

Les inégalités de revenu sont parmi les plus étudiées. Et pour cause, puisqu’elles sont souvent considérées comme responsables d’autres inégalités sociales. A ce titre, les enseignements du World Inequality Report nous éclairent sur la répartition mondiale des revenus de la croissance depuis 1980. Ces quarante dernières années, les 1% d’individus les plus riches dans le monde ont capté deux fois plus de croissance que les 50% les plus pauvres. Entre ces deux groupes se situent les classes moyennes et populaires nord-américaines et européennes, pour qui la croissance du revenu a été faible.

Les causes de cette répartition inégalitaire sont multiples, mais la littérature scientifique (Olivier Godechot, 2011) en décrit quelques-unes comme prépondérantes. Parmi elles, le transfert de la propriété du capital du secteur public au secteur privé de ces 50 dernières années a permis au secteur privé d'accroître ses profits de manière significative. Aussi, certains corps de métier captent la majeure partie des revenus de la croissance et participent ainsi à la montée des inégalités. C’est un reproche souvent fait au secteur de la finance où la suraccumulation de crédits et l’expansion des marchés boursiers ont permis à certains dirigeants et employés de bénéficier de primes de salaire conséquentes.

C'est un phénomène important car... l’environnement bâti joue un rôle prépondérant dans la formation des inégalités.

Parce que les inégalités sociales ont un impact négatif sur la croissance économique

Au-delà des considérations éthiques qu’elles soulèvent, ces inégalités ont un impact négatif sur la croissance économique, documenté de longue date par l’OCDE. Le secteur financier se rend progressivement compte qu’il est donc dans son intérêt premier de lutter contre le creusement des inégalités.

En s’appuyant sur les données des pays de l’OCDE au cours des 30 dernières années, l’étude montre que les inégalités de revenus ont un impact négatif et significatif sur la croissance ultérieure (OCDE, 2014). Les économistes de l’OCDE estiment que le creusement des inégalités a coûté plus de 4 points de croissance dans la moitié des pays sur plus de deux décennies. À l’inverse, une situation plus égalitaire avant la crise a contribué à faire progresser le PIB par habitant dans quelques pays, notamment en Espagne.

Cette étude permet également de mettre en évidence l’importance que jouent les revenus de la classe moyenne inférieure dans la santé économique d’un pays. Le principal facteur qui détermine l’incidence des inégalités sur la croissance est le fossé qui sépare les ménages les plus modestes du reste de la population. L’effet négatif à cet égard ne se vérifie pas seulement pour le premier décile, au bas de l’échelle de distribution du revenu, mais pour les quatre premiers déciles. La conclusion qui s’impose est que le tout n’est pas de lutter contre la pauvreté, il faut encore prendre des mesures visant les revenus modestes dans leur ensemble.

Le tissu bâti influence le tissu social