Talk donné à MixIT, le 17 avril 2026 par Tamara Sredojevic.
Bonjour tout le monde. Je m’appelle Tamara Sredojevic, je suis UX designer et référente en accessibilité numérique à la MAIF. Je suis aussi membre des Designers Éthiques qui est une structure de recherche-action. On propose des ressources, des formations et des évènements autour du numérique responsable, dont l'accessibilité numérique. Alors on va parler de quoi ? Je crois qu'on fête les 15 ans de MixIT cette année, j'ai donc prévu un sujet hyper festif pour célébrer tout ça.
Le design validiste et comment rompre les normes systémiques. Vous en faites pas, y'a toujours un silence quand j'annonce ce titre. C'est pas vous, c'est moi. En fait faut que je vous donne un peu de contexte. Ça fait 21 ans que les lois pour l'accessibilité existent en France. Et vous le savez peut-être, sur plus de 7500 sites contrôlés par l'Observatoire de l'accessibilité, il n'y a que 0,57% de sites totalement conformes au RGAA. Au bas mot, c'est inquiétant. Et pourtant moi je connais plein de gens hyper doués en accessibilité.
Du coup, si y'a plein de super professionnels en accessibilité, ben... pourquoi c’est pas déjà réglé ? Et cette question est devenue un genre d'obsession pour moi. On pourrait parler d'intérêt spécifique – mais c'est pas le sujet. Peut-être que je suis pas la seule à me poser ce genre de questions. D'ailleurs, je voudrais voir comment vous vous situez. À main levée, est-ce que vous vous êtes déjà dit que...
On se croirait dans un jour sans fin avec Bill Murray. Bon moi j'aime bien ce film-là, c'est pas le sujet. Mais si vous avez pas encore le plaisir de connaître ces frustrations, sachez que l’accessibilité, c’est mal barré dès le départ. Je vous apprends rien en vous disant qu'on est pris dans une machine infernale qui nous pousse à créer des trucs pas faits pour aider les gens, mais pour le profit.
Non. J’aimerais que vous repartiez d'ici avec un peu d’espoir, et pas l’envie soudaine de quitter la tech pour élever des chèvres dans le Larzac. Déjà parce que les chèvres ont rien demandé. Et le Larzac non plus.
On va avancer en 5 chapitres : le cadrage d'abord. Pour savoir de quoi on parle. Ensuite je vous donnerai mes réflexions, comment j'en suis arrivée à me poser ces questions. Après, je vous donnerai des exemples concrets de validisme en société et en design. Ensuite, on regardera les actions qu'on peut mener en dépit du système. Et enfin, mon préféré...
Le design. On terminera sur ce que peut ou devrait être le design.
Allez c'est parti pour le cadrage. Moi j'aime bien qu'on soit au clair sur le vocabulaire. C’est quoi ces normes systémiques, ce validisme...
Le validisme, c’est quand on priorise les personnes valides au détriment des personnes handicapées. Par exemple, si vous êtes handicapé, on va s’attendre à ce que vous vous adaptiez au système – même s'il vous dessert. On pourrait vous demander de venir au bureau aussi souvent que les autres sous prétexte de “lutter contre votre exclusion”. Bon ben c'est toujours intéressant de s'occuper des besoins des gens, mais c'est quand même mieux quand la solution vient des personnes concernées.
A côté de ça, je connais des personnes handicapées qui en ont marre d'entendre parler de “validisme”. Ces personnes-là, elles ont plutôt envie qu’on traite le manque d’accessibilité. Mais à mon sens, c’est lié.
C’est comme quand on parle du sexisme et qu’on réduit ça au harcèlement de rue. Le harcèlement de rue, c'est que le symptôme d’un truc plus large, en l'occurrence du patriarcat. Oui, je vous l'ai dit mon sujet est ultra festif. On va bien rigoler vous allez voir.
Bref, le manque d'accessibilité, c'est pareil. C'est un symptôme du validisme, d’un système d'oppression envers les personnes handicapées. Un système qui croit à un monde parfait, sans handicap.
Je sais pas si vous vous souvenez du dessin animé Ratatouille. C'est l'histoire de Rémy le rat qui rêve de devenir un grand cuisiner. Mais comme il est un rat, il a intégré l'idée que c'était pas pour lui.