Au détour de son engagement dans la solidarité internationale, Julie Cabot-Nadal découvre les cultures natives et la profondeur des Sagesses qu'elles recèlent. Elle créera alors la Canopée Bleue , organisation dédiée à la connexion à la nature. Poursuivant son propre pistage intérieur, elle ira à la rencontre de différentes traditions spirituelles, avant de s'immerger dans la tradition du chamanisme celtique. De cette rencontre est né récemment un ouvrage : L’empreinte sacrée celte par lequel elle transmet la vision de l’Esprit du chamanisme de nos ancêtres et d’autres Esprits encore pour nos temps troublés. Julie nous livre ici le condensé d’un des nombreux enseignements partagés dans son ouvrage, celui en particulier relatif à la fonction de la Femme et de l’Homme, depuis la perspective celte.

Julie Cabot-Nadal est l’autrice du tout récente ouvrage L’empreinte sacrée celte et fondatrice de ‣

Les Celtes font partie de ces peuples qui, encore aujourd’hui, échauffent notre fantasmagorie. Le mystère qui nimbe cette lointaine civilisation provient notamment de l'absence de toute trace écrite laissée par eux. Cette absence de "preuves" a été noyée plus encore par l'invasion romaine et la christianisation qui s'en est suivie sur la terre des Celtes… sur nos terres ancestrales. Si l'écho de cette culture tinte encore à notre imaginaire depuis les contrées irlandaises, écossaises, bretonnes, les Celtes s'étendaient en réalité de l'Irlande à la Turquie, et du nord de l’Écosse à l'Espagne... en passant par la France (alors la Gaule).
Les Celtes constituaient un ensemble de clans confédérés, partageant autant de similitudes que de différences, naviguant entre conflits et apparentés. Par-delà leurs dissensions, leur alliance se fondait sur une spiritualité commune, une spiritualité de le Terre. Cette spiritualité les rassemblait, un peu à la manière des Amérindiens qui, malgré la grande diversité de leurs tribus, étaient réunis en un tout signifiant dans le grand cercle du Vivant..
Reconnecter avec cette civilisation ancestrale nous autorise à retisser notre imaginaire individuel et collectif d'une empreinte mémorielle en sommeil. Celui ou celle qui cherche à étendre les branchages de son arbre vers la lumière de son soleil intérieur pressent, à un moment de son exploration, combien cette expansion va nécessairement de pair avec l'éclairage de ses racines. La force du tronc est naturellement dépendante de celle de ses racines. Le.a chercheur-se de sa lumière intérieure, en se tournant ainsi vers « ses terres anciennes », trouvera dans le tissu racinaire spirituel celte un riche creuset d'inspiration. Ce tissu racinaire fonde ainsi une base de lancement, un socle sain pour mieux s'épanouir dans une quête intègre, humble, et puissante.

Restitution artistique de la "chamane de Bad Dürrenberg" par Karol Schauer. CRÉDITS: LANDESAMT FÜR DENKMALPFLEGE UND ARCHÄOLOGIE SACHSEN-ANHALT
Étant ainsi renouvelé dans notre propre ancrage spirituel, notre tentation de nous approprier les codes et rituels des autres Traditions s’en trouve apaisé, tarie, nous n’interférons plus dans le faisceau énergétique de leur Tradition. Nous pouvons rejoindre avec justesse, le cercle des autres traditions indigènes,
Pour celui ou celle qui s'abandonne à une écoute profonde et sensible du Vivant, le patrimoine de sagesse de la Terre de nos anciens vibre encore de ses informations tout autour de nous, dans cette nature dont nous dépendons matériellement et énergétiquement.
Cette dépendance à la Nature, par là même, nous unit avec nos ancêtres, par de là les âges. Les sources, les bois, les valons, les océans, les ruisseaux… que nous rempruntons chacun de nos jours, étaient autant de lieux de recueillement, de prières, de rituels, de pratiques chamaniques de nos ancêtres. Ils sont le creuset de leur mémoire, toujours disponible si nous prêtons notre oreille
Praticienne en chamanisme celtique depuis un linéage traditionnel non interrompu depuis les Celtes (enseignée par Gilles Wurtz), c'est au cours de voyages chamaniques réalisés à la rencontre de l'Esprit de cette Tradition et de l'Esprit de nos ancêtres celtes que j'ai reçu la demande de retranscrire leurs enseignements. Ces informations, pour certaines d’entre elles, n'ont pu être qu’effleurées par les chercheurs scientifiques en civilisation celte (linguistes, archéologues, historiens, etc.)., faute de matériaux mis à leur disposition .
Des mois durant, cette alliance avec les Esprits s’est traduite par une immersion dans les mondes « non ordinaires » de la communication subtile avec ces Esprits. Ce processus porte en lui-même un riche enseignement spirituel inspirant pour nos vies. Il en passe par un nécessaire dépouillement de l'égo, par le détachement des résultats de nos actions, par l'acceptation de la mise en abyme de toute volonté propre pour… entrer dans une écoute profonde, humble, depuis la sincérité du cœur, du mieux que nous pouvons. Alors, nous accédons à la clarté et la sagesse de la vision livrée par les Esprits. Ces transmissions recèlent une portée symbolique forte. Elles émanent d’une médecine qui nourrit les différents plans de notre être. Leur médecine s’imprime en nous, par-delà toute compréhension analytique.

L’empreinte sacrée celte, Transmission de l’Esprit du chamanisme de nos ancêtres, de Julie Cabot-Nadal; Editions Véga, 2022
Parmi les axes majeurs reçus de ces enseignements, il y a bel et bien celui relatif à la condition de la femme celte. Ce sujet est apparu dès les premiers voyages chamaniques réalisés pour l’écriture de l’ouvrage.
Cette problématique nous était donc présentée comme cardinale, et l’un des sujets majeur à « mettre à jour » sans délai. En voici quelques éléments, dont la substance serait une source d’inspiration à recevoir pour la femme et l'homme d'aujourd'hui et permettre de couper court avec des vues erronées: les Celtes, un peuple de barbares, assoiffés de tribus et de victoires guerrières ? La réponse est ... non ! Malgré les déformations opérées par l’histoire ensuite sur ce peuple.
Dans ces voyages, sans équivoque possible, l’Esprit de la Tradition du chamanisme celtique nous pointe de sa flèche éclairée la cible : la condition de la femme s’est dégradée au fil des âges, et les conséquences de cette dégradation vont au-delà de ce que nous percevons.
Pour exemple, simplement ici dans le contexte de ce sujet, la femme celte était libre et souveraine de sa destinée. Équivalente de l'homme, elle pouvait divorcer, hériter, choisir sa fonction, apprendre les arts de la guerre pour défendre son clan... Plus encore, elle était profondément respectée pour ce qu'elle manifestait de sacré. Au delà de ces fonctions sociales, par ses caractéristiques organiques, et par là également énergétique, elle était reconnue comme étant intercesseuse du processus de Création. Autrement dit, elle était reconnue comme prolongement naturel d'une force Mère primordiale.
<aside> 💡 Comment cela se traduisait-il sur ce plan là? La femme celte animait par exemple les rituels dédiés à la voie de la Spirale. Voie d'initiation puissante s’il en est, de celle qui accélère notre processus d'auto création, d’évolution …. de vie en vie, de morts en renaissances... jusqu'à accéder à notre Nature ultime, l’état - Source en nous même. Quant à l'homme, il assurait une fonction toute aussi importante, celle d’apporter sa protection, en gardien éclairé de ce processus de création. Le patriarcat décadent qui s’est amplifié après la chute de la civilisation celte, d’outrages en outrages, a amoindri la puissance de la femme, atomisant par là la médecine de Soin qu’elle recèle pour l’ensemble du vivant, qu'elle porte en son sein. Par là, ce processus de dégradation a également dévoyée la fonction de l’homme.
</aside>
Il m’a été transmis combien la réactivation de la médecine du Care par la femme est une condition incontournable pour guérir les blessures infligées à l'humanité et, plus largement, au Vivant. Ces blessures sont celle du patriarcat dévoyé, accentuant la perception de la séparation mécaniste du vivant, ouvrant toute place à la domination sur, la prédation de, la dénaturalisation... Autrement dit, la désacralisation du Vivant.
Le courroux de l'Esprit de cette Tradition et de nos ancêtres est manifeste dans ces voyages. Ils nous enjoignent sans détour à rétablir l'équilibre de ces deux polarités énergétiques (qu’ils reconnaissaient comme bien d’autres Traditions de sagesse), celle du féminin et du masculin, dont dépendrait plus que jamais aujourd’hui l’inversion de la bascule qui est en cours, au risque sinon, de nous y perdre.